UNE
FISCALITÉ JUSTE
(Texte reproduit avec la
permission de Pierre JC Allard )
| Notre niveau de vie stagne depuis vingt ans, alors que, même sans redistribution de la richesse, nous devrions tous être aujourd'hui au moins deux fois plus riches en termes réels que nous ne l'étions alors. |
UNE FISCALITÉ JUSTE Ce que nous proposons ici n'est pas la correction d'un accident de parcours ou d'une erreur circonstancielle; c'est un changement de cap qui remet en cause tout le système capitaliste néo-libéral que nous connaissons et qui oriente notre société dans une direction qu'elle n'a encore jamais explorée; je n'ai pas la naïveté de croire que l'on acceptera cette ré-orientation de bonne grâce. Je crois plutôt que, même s'il doit en crever, notre Système va mourir en tenant amoureusement sa fiscalité dans ses bras. On ne peut pas présenter sérieusement une réforme en profondeur de la fiscalité comme un outil de transformation du système: c'est la transformation du système qui aura pour conséquence une réforme de la fiscalité. Ce qui pourrait faire de cette proposition un exercice assez futile, non seulement parce qu'il est irréaliste de croire qu'elle sera acceptée, mais aussi pour deux (2) autres raisons. D'abord, parce que même si nous souhaitions appliquer immédiatement cette solution ici, au Québec ou au Canada, nous ne le pourrions pas. Washington, Beijing , Frankfort (au nom de l'Europe) pourraient décider de leur propre chef de prendre cette voie mais à un petit pays "on" ne le permettrait pas. On nous mettrait au pas; comme un nouveau Cuba, comme un autre Iraq. Ensuite, parce que cette "proposition" traite de qu'il faudrait faire AUJOURD'HUI si nous voulions régler le problème financier de notre société avec un minimum de bouleversements; or, le jour où le système s'effondrera, il est bien possible que d'autres changements techniques soient advenus qui auront rendu cette approche désuète et que ce qui en tiendra lieu alors sera bien plus brutal! Pourquoi, alors, même parler de cette approche? Pour avoir dans nos cartons une solution de rechange à la fiscalité actuelle si le système devait craquer à très brève échéance sans que les conditions actuelles aient été significativement modifiées. Il est prudent d'avoir cette solution de rechange et de susciter une réflexion immédiate sur la fiscalité qu'il nous faudra mettre en place quand notre système aura trépassé, car tous les signes avant-coureurs sont là qui permettent de croire que l'exploitation "à la Bretton-Woods" est allée jusqu'à la conclusion logique de sa malice et que nous allons rapidement vers "autre chose. Peut-être est-ce demain qu' il faudra autre chose. Une dernière remarque. Ne vous étonnez pas si je semble faire peu de cas des réajustement sociaux auxquels pourrait donner lieu une transformation de la fiscalité. J'en suis bien conscient, mais c'est une autre histoire. -------------------------------------------------------------------------------- INTRODUCTION On a dit qu'il n'y avait d'inévitable que la mort et les taxes. Il n'y a pas de société sans taxes, car c'est quand une collectivité se donne un projet et les moyens de réaliser ce projet qu'elle devient une société. Le projet d'une société peut être aussi simple que de vivre en paix dans ses pâturage ou aussi inusité que de construire les Pyramides mais, quel qu'il soit, ce projet exige qu'on y affecte des MOYENS. Les moyens, ce sont les apports complémentaires des "sociétaires" qu'on appelle "taxes"; obtenir cet apport de chacun des membre de la société, c'est ça la "fiscalité". A l'origine, la fiscalité fut d'abord la responsabilité des gros bras du leader, puis celle de ses soldats. Le roi, après avoir fait le bilan de ses razzias sur les villages voisins, prélevait dans les granges et les étables de ses propres sujets ce qui lui manquait pour boucler ses fins de mois. La première fiscalité n'était qu'un cas d'espèce du paiement d'une rançon, prélevée sous la menace du pillage ou de pire. Avec le temps, on en est arrivé à la taille et à la corvée, puis, progrès aidant, aux taxes et aux impôts que nous connaissons. La fiscalité est d'une extrême importance. Il est bon de se rappeler que le seul pouvoir que possédait le peuple de France, en 1789, était celui d'autoriser la levée d'un impôt et que c'est en convoquant les États-généraux pour obtenir cette autorisation que Louis XVI a déclenché la Révolution Française. Comme c'est un désaccord sur le droit de participer au processus de fixation des taxes qui a provoqué la Révolution Américaine. La fiscalité est au coeur de la notion de société. La fiscalité est aussi au coeur de la crise dont notre société pâtit. J'ai parlé plus longuement ailleurs de cette crise et c'est de la solution fiscale que je veux discuter ici. Je ne vais donc souligner qu'un seul des symptômes de cette crise, bien pertinent au débat sur la fiscalité : la diversion de notre capacité collective de développement et de création vers la spéculation et des objectifs virtuels plutôt que réels. Non seulement voit-on l'écart se creuser entre riches et pauvres, mais on voit ceux dont les besoins sont satisfaits consacrer désormais toute leur énergie à un jeu de Monopoly qui ne leur procure plus que des gratifications intangibles pendant que ceux dont mêmes les besoins matériels élémentaires ne sont pas satisfaits perdent tout espoir qu'ils le soient jamais. Tout se passe comme si le pouvoir était entre les mains d'un enfant qui n'intervient plus que pour s'assurer que la réalité ne faussera pas les péripéties de son jeu. "Le Dow-Jones est à 11 000 !"... et on bat des mains, comme si on avait obtenu une récolte de plus pour ceux qui ont faim. Les riches et les puissants jouent à créer et à se donner de l'argent. Un argent qui ne représente plus aucune réalité et qu'ils n'utilisent plus jamais pour la consommation mais uniquement comme un symbole de pouvoir et un outil de spéculation. Cette perversion du rôle de l'argent a stoppé net le développement réel de la production que promettait l'essor de la technologie moderne. Notre niveau de vie stagne depuis vingt ans, alors que, même sans redistribution de la richesse, nous devrions tous être aujourd'hui au moins deux fois plus riches en termes réels que nous ne l'étions alors. On s'est amusé, depuis vingt ans, à créer une richesse virtuelle pour le plaisir de quelques uns au lieu de créer une richesse réelle de biens et de services pour tous. Parce qu'on s'est agité ainsi en marge de la réalité, la crise à laquelle nous faisons face ne peut pas être résolue rapidement comme les crises du passé - en prenant des riches pour donner aux pauvre - puisque ce qu'ont les riches en surabondance n'est qu'une richesse imaginaire qui, redistribuée, n'apporterait rien à ceux dont les besoins ne sont pas satisfaits. Une redistribution traditionnelle de la richesse ne ferait que créer une inflation cataclysmique dont les défavorisés souffriraient encore plus que les nantis. Comment régler le problème ? Le problème ne peut être réglé qu'au niveau de la réalité: en changeant nos objectifs de production et en remettant tout le monde au travail. Or, cette transformation des objectifs et cette remise au travail ne peuvent intervenir que dans l'ordre, pas dans l'anarchie. La mise en place efficace d'une Nouvelle Société n'exige donc pas de se ruer sabres au clair sur les ponts de ce bateau ivre qu'est devenu notre société, mais plutôt d'arracher la barre des mains du pilote et de changer de cap au prix d'un minimum de bouleversements qui mettraient le navire en péril. Que vient faire la fiscalité dans l'équation? C'est par la fiscalité que le problème a été créé (Voir Texte 406) et c'est par la fiscalité qu'on peut encadrer un retour ordonné vers la réalité d'un mieux-être qui découle du travail et de la production. La fiscalité soulève deux types de problèmes. Il y a d'abord une problématique politique qui doit décider de l'affectation des sommes prélevées et choisir de qui viendra l'argent et en quelle proportion pour chacun. Il y a ensuite une problématique qui semble purement technique et qui vise à mettre en place les méthodes de perception adéquates. C'est de cette deuxième problématique que nous allons traiter. Il ne sera pas question ici de ce que l'État devrait faire avec notre argent mais uniquement de la meilleure façon de percevoir ce qu'un gouvernement démocratique aura choisi de prélever. Ce n'est pas une question secondaire. Il est clair que la perception doit être efficace et minimiser les risques d'évasion, mais il y a plus. Les modes de perception qu'utilise une société ne sont pas indépendants de ses objectifs, car la façon de prélever les apports de chacun à la réalisation du projet commun de société a un impact certain sur la manière dont le fardeau est réparti entre les citoyens. Le volet technique n'est donc pas neutre mais reflète - ou bien souvent, au contraire, sert à occulter! - des choix politiques qui se cachent derrière les méthodes de perception employéee. Il faut en discuter. On reconnaît aujourd'hui deux formes principales de taxation. La taxation dite "indirecte" - parce que l'État utilise un intermédiaire innocent comme percepteur - qui vise le consommateur et s'applique aux paliers de la production, de l'importation ou de la vente des biens et services d'une part et, d'autre part, la taxation "directe"dont l'impôt sur le revenu est le meilleur exemple. L'importance relative qu'ils accordent à l'une et l'autre de ces formes de taxation est un bon indicateur des objectifs sociaux des États qui les imposent. Une Nouvelle Société utilisera des instruments fiscaux que l'on pourra bien classer dans ces catégories mais qui seront différents de ceux avec lesquels nous sommes familiers (Voir Texte 407). C'est par des politiques fiscales et l'application des outils de perception que ces politiques sous-tendaient que le Système nous a amené à la crise actuelle; c'est par de nouvelles politiques fiscales visant d'autres objectifs et utilisant d'autres moyens fiscaux qu'on fera que cette crise s'éloigne de nous in extremis... ou qu'on en réparera après les dégats. Aujourd'hui on taxe les revenus et on taxe la consommation. Pourquoi - dans une société qui pourtant se prétend de "libre entreprise" - brimer par une taxe ou un impôt l'entrepreneur qui veut réaliser un profit ou le travailleur qui gagne son salaire, ce qui est l'équivalent de taxer le travail et l'initiative et de pénaliser ceux qui produisent et qui réussissent? Pourquoi freiner la consommation par des taxes de ventes? Pourquoi un impôt sur le revenu, les salaires et les profits alors qu'on pourrait taxer le capital qui sommeille, l'argent parasite? Si on taxe le capital plutôt que le revenu, on force l'argent paresseux à s'activer puisque l'argent, pour durer et fructifier, doit alors - comme chacun de nous! - produire plus chaque année que le montant dont il est imposé. Si on taxe le capital, on remet en marche le tapis roulant des années cinquante. Taxer le capital produit a deux effets positifs: on ré-équilibre les pouvoirs d'achat des diverses classes sociales et on ramener vers la consommation une partie de l'argent qui dort... et on peut faire disparaître peu à peu une masse monétaire dont la valeur "virtuelle" des stocks boursiers laisse supposer l'existence mais qui n'a qu'une valeur illusoire et qui qui fausse toute notre activité économique. La croyance en cette richesse qui n'existe pas a réduit la production des biens et services à une activité financière mineure qui semble ne plus se dérouler qu'en marge d'une spéculation qui elle occupe tout l'espace financier (moins de 1% des transactions financières mondiales portent sur des échanges de biens et services !) C'est cette désaffection qui fait que notre niveau de vie réel n'augmente plus et que la misère dans le monde ne régresse pas mais augmente. Pour taxer le capital, il faut mettre en place des procédures différentes de celles auxquelles nous a habitués la fiscalité actuelle. Pour le faire, cependant, il faut d'abord bien comprendre ce en quoi consiste aujourd'hui la richesse. LA RICHESSE ET SON DOUBLE La richesse n'est plus ce qu'elle était. Une richesse "symbolique" - spéculative dans le sens étymologique du terme (speculum = miroir ) - est devenue le miroir grossissant et déformant de la richesse réelle et presque toute l'activité économique, réduite à une agitation financière, a lieu désormais dans le "miroir". Du même coup, pour éviter l'inflation traditionnelle, on a pris garde de ne pas laisser la richesse suinter vers les classes qui ont des besoins et qui donc consomment; le centre de gravité de la richesse, boursouflée à son seul sommet, se situe maintenant bien au dessus du seuil au delà duquel la richesse cesse de servir à la satisfaction des besoins et même des caprices pour devenir uniquement un outil de pouvoir. La conséquence de cette vision biaisée de la richesse? Les décisions politiques et économiques ne sont plus prises en fonction des exigences matérielles des populations, même des classes aisées de ces populations, mais selon les seuls impératifs d'un jeu de pouvoir. La priorité économique est devenue de modifier des données comptables qui serviront d'atouts dans des jeux pour le pouvoir auxquels le monde ordinaire n'est pas invité. C'est pour ça, par exemple, que les pays du tiers-monde, obéissant aux diktats du Fonds Monétaire International (FMI), réduisent leurs populations à la famine pour réaliser des "ajustements structurels". Le jeu des uns est devenu plus important que la vie des autres. Quand on comprend que la plus grande part de la richesse est devenue une simple image virtuelle, on a deux choix. On peut briser le miroir et perdre ses illusions. Le miroir se brise quand une masse critique des gens s'aperçoivent que la monnaie ne représente strictement plus rien sauf le pouvoir précaire de l'État de l'imposer. Quand cette prise de conscience a lieu, le vieux principe économique de Say s'applique: "le mauvais argent chasse le bon". Tous se précipitent pour acquérir des biens "réels", les valeurs boursières s'effondrent et la monnaie ne vaut plus rien. C'est la fin brutale de la société que l'on connaît et la civilisation elle même se change en quelque chose de nouveau et d'imprévisible. Comme l'Allemagne de Weimar a donné le nazisme. L'autre choix est de sortir prudemment du miroir et de revenir à la réalité comme un somnambule funambule qui ferait la part du rêve jusqu'à ce qu'il soit arrivé en lieu sûr. C'est cette deuxième approche que je préconise. Ce retour prudent vers la réalité exige que ceux-là même qui détiennent la richesse virtuelle acceptent - recevant en retour une compensation réelle raisonnable - que cette pseudo richesse disparaisse aussi vite que faire se peut, sans panique, sans violence et sans revanche. Ils ne l'accepteront que si trois (3) conditions sont remplies. Ils doivent prendre conscience de la précarité de la situation, ils doivent visualiser l'horreur de ce qui arrivera si rien n'est fait... et ils doivent entrevoir le chemin qui leur permettra de sortir du miroir. Ce que je propose ici est un guide pour sortir du miroir. Taxer le capital? Oui, mais quel capital? Quand on veut taxer le capital, il faut distinguer entre les avatars de la richesse: réelle, symbolique, légale, consensuelle ... Il faut aussi non seulement traiter respectueusement la richesse imaginaire, mais lui accorder une attention prioritaire. RICHESSE RÉELLE OU SYMBOLIQUE A l'origine, la richesse est la possession d'objets qui ont valeur d'usage, c'est à dire d'objets dont on peut tirer un SERVICE: une pelle, une vigne, un esclave... Mieux, c'est la possession d'une chose qui produira d'autres choses dont on tirera encore plus de services: une terre qui portera des fruits, une vache qui donnera des veaux, etc. Assez tôt, pour la commodité des échanges, certains objets comme l'or et les pierres précieuses ont pris une valeur consensuelle reposant sur leur rareté, une valeur largement symbolique puisque hors de proportion avec leur valeur d'usage. Plus tard, dès qu'un pouvoir crédible a existé qui puisse faire respecter dans la réalité ce qui serait convenu dans l'univers des symboles, des symboles plus abstraits sont apparus dont la valeur ne reposait plus uniquement sur un consensus mais sur l'autorité. La possession pouvait ainsi devenir propriété, permettant de grever et de transmettre les biens et les droits qui s'y rattachent en manipulant uniquement des symboles. Surtout, l'État pouvait désormais battre monnaie. La monnaie est un " bien" entièrement symbolique, dont la valeur d'usage propre est nulle et qui ne vaut donc que par la crédibilité de celui qui l'émet. La richesse réelle consiste en biens meubles et immeubles et peut revêtir la forme de terrains, de maisons, d'équipements servant à la production, de biens de consommation dit "durables" ou "semi-durables"et de biens pour consommation quasi-immédiate, tels les aliments, par exemple. Un symbole, par définition, n'a pas de valeur intrinsèque: sa valeur est celle que chacun lui accorde. Un symbole ne revêt donc une valeur objective qui en fait un moyen d'échange et ne devient une "richesse" que quand sa valeur fait consensus ou que son usage est imposé. Aujourd'hui, divers symboles jouissent d'un consensus qui en fait des éléments de richesse. La richesse que constituent ces symboles est plus ou moins précaire selon la permanence du lien qui relie chaque symbole à la réalité qu'il représente et selon la stabilité apparente du consensus ou de l'autorité sur lesquels il s'appuie. a) Collés à la réalité, il y a les symboles de simple opportunité qui confèrent, sans plus, le droit de disposer du bien qu'ils représentent; le titre de propriété d'un immeuble est le meilleur exemple de cette forme de symbolisme qui existe depuis bien longtemps. Maintenant, chaque bien réel de quelque conséquence a sa représentation symbolique qui en facilite la manipulation; comme un immeuble est représenté par un titre de propriété, ainsi une voiture l'est par ses documents d'enregistrement, le contenu d'un arrivage par un connaissement, etc. b) Symboles plus dégagés de la contraignante réalité, les actions du capital social d'une compagnie représentent en principe une part des avoirs réels de la compagnie qui les émet mais, en pratique, leur valeur marchande repose sur un consensus quant au profit éventuel qu'on en pourra tirer. Symboles aussi, a fortiori, tous ces "produits dérivés" boursiers qui ne représentent que d'autres symboles et dont la valeur, en bout de piste, ne se mesure de toute façon qu'en dollars dont la valeur repose elle-même uniquement sur l'autorité de l'État. c) La richesse symbolique, c'est aussi les biens, mêmes biens tangibles, dont l'appréciation est cependant si arbitraire et la valeur si dépendante d'un consensus que leur support matériel n'est guère plus significatif que celui du papier sur lequel un titre en bourse est imprimé. L'or et les oeuvres d'art, par exemple; même si la matérialité de l'or et des oeuvres d'art justifie que l'on en parle comme de richesses réelles, la valeur d'usage dans le cas de l'or joue un rôle bien secondaire à sa valeur consensuelle qui en a fait un moyen d'échange; quant à une oeuvre d'art, l'usage qu'on en fait en jouissant de sa qualité esthétique cède bien souvent le pas à la valeur-refuge qu'en fait l'engouement parfois volatil dont elle est l'objet. d) Enfin, volant plus loin du nid, il y a la monnaie. La valeur de la monnaie repose sur l'autorité de l'État, mais sous réserve d'un consensus quant à la crédibilité de l'État et à ses intentions futures, ce qui rend mouvante la valeur de toute monnaie en termes des biens réels qu'elle peut représenter. La masse monétaire créée par l'État constitue une richesse symbolique qui prétend n'être que l"ombre" de la richesse réelle et la représenter sans rien y ajouter. En fait, la monnaie est aussi objet de spéculation; le consensuel a pris le pas sur le légal et le symbole a assumé une vie autonome. Dans une société de droit où l'État exerce un pouvoir effectif, toute richesse réelle significative a enfanté son double symbolique qui la représente, la valeur de toute chose est exprimée en monnaie et toute taxe est perçue en monnaie. Tout, désormais, se passe donc dans le "miroir" que constitue la richesse symbolique. Manipuler des symboles plutôt que des choses est immensément pratique et avoir appris à le faire a été un grand pas en avant pour l'humanité: il ne faut pas s'en plaindre et encore moins y renoncer. Il ne s'agit pas de briser systématiquement le lien entre les choses et leurs symboles mais de comprendre, prévoir et corriger les effets secondaires pervers qui en résultent. Manipuler des symboles est bien pratique, en effet, mais présente deux inconvénients majeurs. Le premier de ces inconvénients, c'est que la valeur consensuelle du symbole peut varier indépendamment de celle de l'objet qu'il représente, en fonction des prévisions et des fabulations qui circulent quant à la valeur future de l'objet représenté. Cette variation autonome de la valeur dans le "miroir", sans que la valeur d'usage de l'objet représenté n'augmente, constitue la "spéculation" au sens propre du terme. Elle se manifeste de façon particulièrement évidente dans l'écart entre la valeur aux livres d'une compagnie et la valeur en Bourse des actions qui en constituent la capital social. Le deuxième inconvénient, c'est que la valeur symbolique en monnaie des choses peut varier selon le bon plaisir de l'État puisque, sous divers masques, c'est le pouvoir de l'État et la volonté de ceux qui utilisent ce pouvoir de l'État qui détermine la masse monétaire représentant la somme des biens que nous possédons et donc la valeur "réelle" de chaque dollar et la valeur monétaire de chaque chose. Ces deux inconvénients forment une combinaison explosive. Depuis 20 ans, en particulier, nous avons mis en place un couple de miroirs grossissant. Nous avons de la richesse réelle une image grossie par la spéculation boursière... puis grossie encore par l'illusion monétaire. Non seulement grossie, mais progressivement déformée à mesure qu'on s'éloigne du réel. Parce quelle est doublement grossie, l'image finale de la richesse rend encore plus odieuses les inégalités bien réelles de notre société; parce qu'elle est déformée, cette image nous incite à bâtir une société qui n'est plus fermement assise sur les facteurs réels de production et dont l'équilibre devient donc de plus en plus précaire. Dans une économie entièrement monétarisée comme la nôtre, tout se passe dans le miroir. Pour les fins de la fiscalité, il faut donc tenir compte de la valeur de nos avoirs monétaires, car il n'est pas question d'accepter des lopins de terre ou des sacs de grain en paiement des impôts; il faut aussi tenir compte de nos avoirs réels, cependant. Une fiscalité efficace, même si elle doit travailler sur des symboles, doit s'assurer que les symboles restent solidement arrimés à la richesse réelle qu'ils représentent sous peine que la main du fisc ne se referme que sur une image virtuelle. La fiscalité doit taxer et percevoir en utilisant les symboles, mais se souvenir que la valeur d'usage est la richesse RÉELLE. Il faut en tenir compte discrètement mais sans complaisance, car si une catastrophe naturelle ou politique détruit le pouvoir de l'État et rompt le consensus, il n'existe plus d'autre richesse que cette valeur réelle. Quand le pouvoir qui les sous-tend manque de souffle, les symboles faseyent et perdent leur sens, un à un, en fonction inverse de leur "réalité". Les titres en bourse et la monnaie d'abord, les oeuvres d'art, puis l'or lui-même si l'on en arrive à une pénurie alimentaire finale. Seule, en dernier lieu, subsiste la valeur d'usage des choses - terre, outils, nourriture... - et même les symboles qui représentent ces choses (titres de propriétés, certificats, connaissement, etc) se transforment en citrouilles quand l'autorité disparaît et que c'est la seule possession qui vaut titre. N'oublions pas cette réalité. Mais nous n'en sommes pas là et toute dette privée ou publique est encore payable en monnaie. La distinction opératoire à faire, pour les fins de la fiscalité, n'est donc pas tant entre "richesse symbolique" et "richesse réelle" qu'entre une richesse "légale" en monnaie dont la valeur est fixée par l'État et une richesse consistant en biens dont la valeur varie selon le seul consensus de ceux qui les possèdent ou veulent les posséder. VALEUR LÉGALE OU CONSENSUELLE La monnaie se distingue de tous les autres biens. Pas à cause de son caractère symbolique - la plupart des autres biens sont aussi représentés par des symboles - mais parce que la valeur de la monnaie est "légale", déterminée par le pouvoir de l'État, alors que celle de tous les autres biens l'est uniquement par un consensus. En théorie, la valeur de la monnaie repose uniquement sur une décision de l'État, lequel peut imposer un contrôle des changes et des prix pour rendre cette décision effective. En pratique, ces contrôles sont d'application difficile et les États modernes laissent fluctuer le rapport des monnaies entre elles et le rapport de la valeur de leur monnaie à celle des autres biens. Dans la mesure où ceux qui utilisent la monnaie peuvent contester le rapport de la valeur de celle-ci à celle des biens à valeur d'usage - ( bien qu'on peut dire aussi "réels", à valeur consensuelle, à valeur marchande...) - la valeur de la monnaie repose aussi sur un consensus. Ce rapport consensuel de la valeur de la monnaie à celle des autres biens est fondamental quand on discute fiscalité, surtout si on parle d'une taxe sur le capital, En effet, les biens autres que la monnaie et les symboles qui les représentent ont, ou du moins prétendent avoir, une valeur intrinsèque qui demeure inchangée en dépit de toute manipulation strictement financière. Une maison demeure la même maison, quel que soit le prix que le marché en offre. Le prix des biens à valeur marchande (consensuelle) varie donc en sens inverse de la valeur de la monnaie. Le modèle théorique simple qui décrit ce phénomène est que, à tout moment, la masse monétaire globale représente la somme totale des biens existant. Plus il y a de monnaie en circulation, moins "vaut" chaque unité monétaire en termes de biens représentés et donc en termes de pouvoir d'achat de ces biens. Doublez la masse monétaire, par exemple, sans modifier la quantité de biens qu'elle représente, et chaque unité de votre masse monétaire ne représente plus que la moitié des biens qu'elle représentait auparavant, le pouvoir d'achat de chaque dollar étant réduit à cinquante cents. C'est le phénomène de l'inflation. En pratique, le rapport entre la masse monétaire et la somme des biens qu'elle représente n'est plus aussi simple. Le volume de billets de banque en circulation n'est pas totalement sans importance, mais la vélocité des échanges peut créer l'illusion d'un volume plus grand et, surtout, le consensus quant à la valeur du symbole "monnaie" étant indispensable, il devient possible de manipuler le consensus lui-même plutôt que les éléments représentés. Les rumeurs..., la manipulation au seul niveau des symboles des attentes quant au coût des facteurs (matières premières, travail, taux d'intérêts)... il y a mille manières de modifier le rapport de la valeur des biens à celui d'une monnaie dont la valeur repose sur un consensus. La spéculation sur les variations anticipées de la valeur relative de divers élément de la richesse se traduit par un faisceau de manipulations conscientes et de mouvements imprévus et erratiques au niveau des symboles dont le résultat final est que la valeur réelle des choses peut ne plus avoir qu'une importance marginale: les fluctuations de la Bourse en sont un exemple. Le raffinement ultime de cette marginalisation de la réalité, c'est quand la manipulation du consensus est si efficace que la quantité de monnaie sonnante et trébuchante que l'État met en circulation n'a plus elle même d'importance. Nous en sommes là. En manipulant le consensus, les "acteurs économiques importants" - la caste des capitalistes purs ("shylocks") vivant uniquement de leurs intérêts comme d'une rente (Voir Texte 406) - ont le pouvoir de modifier le prix des choses et de signifier ainsi à l'État qu'ils ne sont pas d'accord avec la valeur que celui-ci attribue à sa monnaie. Ils peuvent faire mieux. Réagissant aux fluctuation du rapport de la valeur de la monnaie à celle des choses que leur propre spéculation entraîne, ils peuvent utiliser les pouvoir de création de monnaie que l'État leur a abandonné et modifier la masse monétaire elle-même, sans que l'État puisse vraiment s'y opposer à moins de remettre tout le système en question. Les conséquences de cette manipulation en deux temps sont partout, mais nous les présentons ici dans l'optique de la fiscalité. Par ce que les impôts sont payables en monnaie et que les acteurs économiques importants disposent des moyens de modifier le rapport entre la valeur de la monnaie et celle des autres biens, le pouvoir de l'État de s'approprier une partie de la richesse réelle des citoyens et de l'utiliser pour le bien commun est soumis au veto de ces acteurs économiques. Ce qui semble merveilleusement démocratique, jusqu'à ce qu'on réalise que l'on ne vote pas par tête pour appliquer ou ne pas appliquer ce veto: on vote au prorata des dollars qu'on possède. Concrètement, c'est au prorata de la richesse qu'on possède que l'on peut donc, par le biais de l'inflation qui découle de l'usage que l'on fait de cette richesse, déterminer le taux réel d'imposition de cette richesse elle-même. La politique financière de l'État - et au premier chef sa politique fiscale - est donc prise en otage par les acteurs économiques importants: les institutions financières et les shylocks qui les contrôlent. Évidemment, cette politique est élaborée et appliquée au meilleur des intérêts des acteurs économiques importants. Contrôlant l'inflation, les acteurs économiques importants peuvent, de façon discrétionnaire, passer d'une monnaie "forte" à une monnaie "faible". Quand la monnaie est forte, on achète des biens réels; quand on a fait le plein de ces biens à un prix raisonnable, la monnaie "faiblit" et la valeur de ces biens s'envole, ce qui permet de les vendre et de recueillir des dollars ... qui redeviendront "forts" le temps qu'il faudra pour marquer les points et relancer l'opération. La grand'mère de toutes ces arnaques a été l'émission, en 1982, d'obligations du Canada portant 19% d'intérêts... suivie d'une chute brutale de l'inflation qui a transformé en profit presque pur ce 19% d'intérêts que "justifiait" à l'époque une inflation de 14%. La variation du taux d'inflation - qui indique les fluctuations du rapport entre la monnaie et les biens à valeur consensuelle - est le point charnière de la politique financière. Quand ce taux s'écarte de celui que souhaiteraient les acteurs économiques importants, le Système peut réagir par des astuces financières diverses qui visent parfois à augmenter ou à diminuer vraiment la masse monétaire mais, surtout, à convaincre les gens qu'il augmentera ou diminuera cette masse monétaire. Le mot clef est : crédibilité. Un État fort et crédible détermine efficacement le rapport d'échange de sa monnaie aux biens à valeur consensuelle: il contrôle l'inflation. Nous n'avons pas dit "supprime" ou "réduit" l'inflation - ce qui est une décision politique qui peut être opportune ou particulièrement malvenue! - mais CONTRÔLE l'inflation. Hélas, l'État n'exerce plus ce contrôle efficace par ce que d'autres intervenants - les institutions financières, entre autres - ont utilisé et continuent d'utiliser la discrétion que leur en a laissée l'État pour créer une masse monétaire déraisonnable... et se l'approprier. Il existe diverses définition de la masse monétaire en circulation (M1, M2 et M3) qui cherchent à cerner le phénomène de l'émission de monnaie par les acteurs économiques autres que l'État et sous le contrôle théorique de ce dernier. Dans les faits, toutefois, ces distinctions se caractérisent maintenant par un arbitraire progressif et une disparition parallèle des contrôles d'émission quand on passe de M1 à M2 et de M2 à M3 pour en arriver à un flou poétique qui attend qu'on lui donne un numéro quand on tient compte des activités hors-bilan des banques et du crédit qui en découle. Par ce que l'inflation est à son plus bas depuis des lustres, on veut croire que l'État contrôle bien les fluctuations de la masse monétaire. C'est une erreur. En réalité, notre masse monétaire est désormais un "M4" inavoué, une richesse totalement virtuelle et occulte créée par les institutions financières. Notre système repose actuellement sur la permission qu'on a donnée aux riches de se confirmer les uns aux autres une richesse qui n'a d'autre matérialité que des cotes en bourses gonflées de manière fantaisiste et les opérations usuraires hors-bilan des institutions financières (85% de leurs activités!). À l'avantage de prêter bien plus qu'elles ne possèdent que l'État a toujours accordé aux banques, celles-ci ont ajouté cette subtilité de se "garantir" désormais les unes les autres et de prêter répétitivement "hors-bilan"sur la base de ces garanties. Les prêts ainsi consentis servent à acheter les propriété et actions .... venant étayer le crédit de ceux qui prendront envers leur institution financière les engagements de dépôts à terme dont celle-ci s'autorisera pour accorder sa "garantie" à une autre institution qui elle consentira un prêt formel sur lequel elle touchera un intérêt. Le serpent se bouffant ainsi la queue, il peut se dévorer et devenir de plus en plus virtuel, ce qui - hélas! - ne l'empêche en rien d'être toujours aussi venimeux et d'avoir de plus en plus d'appétit. La réalité, c'est que le véritable Pouvoir, celui des "acteurs économiques importants" s'est octroyé simultanément, de façon irresponsable: a) une richesse symbolique monétaire sous forme de garanties bancaires hors-bilan libellées en monnaie, et b) une richesse symbolique à valeur consensuelle sous la forme de titres en Bourse à valeur gonflée. C'est en magouillant ainsi sur deux fronts en même temps que le Système s'est piégé, car la récolte périodique des profits par le passage de la monnaie "faible" à la monnaie "forte" n'est plus possible sans que les nantis ne sacrifient des sommes - virtuelles - colossales. Réduisez les opérations hors-bilan et le crédit pour maintenir le Dow Jones dans la stratosphère s'évapore. Ramenez les cours de la bourse à une valeur qui corresponde à une attente raisonnable de profit... et les garanties de la pyramide des emprunteurs hors-bilan disparaissent, amenant la faillite pure et simple des institutions financières. Ne faites rien, et l'augmentation progressive de la richesse virtuelle mène à la catastrophe quand le bon peuple - à qui on ne PEUT pas donner sa part de la richesse virtuelle sans créer une inflation incontrôlable - se fâche vraiment contre les milliardaires virtuels dont la fortune est un outrage à sa misère... ou s'aperçoit que l'argent ne vaut rien et toute notre structure de pouvoir basée sur le renforcement positif de la promesse et de la corruption plutôt que sur la force brute s'effondre, ce qui est un pas en arrière pour l'évolution sociale. Personne ne veut vraiment que le pouvoir reprenne sa place au bout d'un fusil, et moins que quiconque ceux qui détiennent aujourd'hui le Pouvoir (C'est pour ça qu'il y a une faible chance que Shylock négocie, si on lui montre une solution qui n'est pas revancharde...) En attendant de trouver sa voie pour sortir du piège, le Pouvoir utilise la rumeur publique et la contrainte étatique pour tenter d'ajuster deux entités nébuleuses - la masse monétaire et la valeur virtuelle des stocks en Bourse - des symboles que personne ne veut vraiment "ajuster" mais que chacun désire plutôt déplacer à son avantage. Il faut constater l'ingéniosité de ceux qui manipulent ces nuages... mais ne nous étonnons pas que le ciel s'assombrisse et qu'on entende le tonnerre gronder. L'arrimage entre les deux systèmes symboliques devient de plus en plus nécessaire, mais de plus en plus pénible à réaliser, à mesure que l'on accélère la distribution du crédit et que les titres boursiers prennent du prix. Nous vivons donc une fuite en avant qui a pour objectif absurde de maintenir indéfiniment une croissance de la masse monétaire sans une croissance comparable des bien... et sans une inflation qui remettrait en contact l'univers des symboles et celui des biens réels mais ferait disparaître en fumée quelques trillions de dollars. D'où la lutte plus féroce que jamais à l'inflation. L'État ne contrôle pas l'inflation, il tente de la supprimer. Ce faisant, il ne compense même plus l'ajout totalement artificiel à la richesse que constitue la somme des intérêts payés, menaçant de donner ainsi une existence réelle au mythe marxiste de la concentration de la richesse: un état social moribond où, les besoins de tous ceux qui ont l'argent étant comblés et où ceux qui ont des besoins n'ayant plus d'argent, la machine s'arrête... ou explose. Spéculation et monétarisation créait déjà un mélange détonnant; en exagérant la création de richesse symbolique, Shylock a allumé la mèche; la crédibilité de l'État qui diminue, c'est la mèche qui brûle.... L'inflation semble jugulée par ce que la concentration de la richesse produit déjà ses premiers effets. La masse monétaire est hors de contrôle, mais elle n'a pas d'impact sur les prix à la consommation par ce qu'elle reste aux mains des nantis qui ne la dépensent pas mais la thésaurisent sous la forme virtuelle et (temporairement) inoffensive de valeurs en bourse irréalistes. Cette pseudo richesse qui s'appuie sur ces illusions crée un pouvoir énorme de dépenser qui n'est pas utilisé mais qui tient toute la société en otage. Sans l'accord des financiers on ne peut plus reprendre contact avec la réalité. Nous sommes tombés dans un traquenard. LES TRAQUENARDS DE LA RICHESSE VIRTUELLE Les écarts entre valeur symbolique et valeur réelle, entre valeur monétaire et valeur en dollars constants des biens mercantiles créent des pièges qui vont du simple au complexe. Commençons par un exemple simple, celui du papier et des cailloux. Vous achetez des diamants, vous les payez en espèces. Vous avez échangé un bout de papier dont la valeur purement symbolique dépend d'un consensus quant à la stabilité de l'État et le dynamisme de l'économie..., contre des cailloux dont la valeur dépend d'un autre consensus, issu d'une tradition et d'une rareté relative dont on sait qu'elle repose sur le bon vouloir d'un cartel qui en détient des stocks énormes. Si, il y a dix ans, vous avez acheté et payé en roubles des diamants, vous avez fait une bonne affaire; si vous en achetez aujourd'hui et les payez en dollars, priez que le Groupe De Beer n'écoule pas ses stocks à rabais ou que les soubresauts politiques en Afrique du Sud ou en Russie ne transforment pas vos diamants en cailloux comme les autres. Ce qui est vrai pour les diamants l'est pour les stocks en bourses, ce qui est évident, mais aussi, ce qui l'est moins, pour les obligations et autres papiers commerciaux dont la valeur repose sur un double consensus. Un consensus quant à la solidité de la compagnie emprunteuse d'abord... et quant au pouvoir d'achat futur de la monnaie ensuite. Prenons un exemple plus sérieux. Vous possédez un hectare de terrain au centre de Tokyo et disons qu'il vaut cinquante millions de yens à 200 yens au dollar, soit un quart de million en argent des U.S.A. Il est pratique que ce terrain soit représenté par un titre de propriété que vous pouvez vendre, donner en garantie, etc. Mais supposons que ce titre, déposé dans une banque japonaise, vous permette d'obtenir un crédit de deux-cent-cinquante mille dollars avec lequel vous achetez, à cinq dollars pièce, 50 000 actions de Netscape ou de toute autre compagnie qui ne possède rien de tangible mais qui a des idées . Au moment de la transaction vous n'êtes ni plus riche ni plus pauvre: vous avez reçu des devises et vous avez assumé une obligation équivalente envers la banque.... mais vous avez mis en gage votre terrain bien réel. Parfois, la réalité et le symbole se divorcent. Réalité et symboles se séparent et, quand les cerisiers fleurissent sur votre terrain, la sagesse financière des spéculateurs a fait passé la valeur de celui-ci à cent millions de yens et le cours du yen à 100 au dollar, de sorte que vous avez désormais un million de dollars à offrir en garantie. Comme vos actions de la compagnie-qui-a-des-idées sont passées pendant ce temps de 5 à 25 dollars, vous "valez" aussi plus d'un million de dollars en bourse et votre banquier vous adore. Pourquoi ne pas emprunter sept-cent-cinquante mille dollars de plus et acheter encore des actions? Vous le faites... et c'est maintenant un million de dollars que vous devez à votre banquier, lequel a toujours votre terrain de Tokyo en garantie. Hélas, quand les cerisiers refleurissent l'année suivante, la valeur des actions de la compagnie-qui-a-des-idées est retombée à trois dollars, réduisant à 240 000 dollars la valeur totale de vos 80 000 actions, de sorte qu'un nouveau banquier qui ne vous aime pas tellement décide de reprendre ses billes en mettant en vente votre terrain. Manque de pot, cent autres banquiers ont décidé pour la même raison de faire la même chose pour dix mille autres terrains à Tokyo, Osaka, Kobe.... de sorte que la sagesse financière des spéculateurs a ramené à sa valeur initiale le prix de votre terrain ainsi que le cours du yen au dollar. Où en sommes-nous quand la banque a "réalisé" vos actifs et les a appliqués à votre dette? Il ne vous reste rien et la banque elle-même ne touche même pas la moitié des sommes qu'elle vous a prêtées. Vous êtes ruiné et la banque qui vit cette expérience cent ou mille fois répétée est en sérieuse difficulté. Pourtant, les mêmes cerisiers refleuriront en avril prochain sur un terrain à Tokyo qui n'aura pas changé et les idées de la compagnie à laquelle vous aviez fait confiance ne sont pas plus bêtes qu'elles vous étaient apparues. Le drame s'est déroulé tout entier dans l'univers des symboles et au gré des consensus qui se sont créés et défaits. Les chiffres de cet exemple ont été arrondis, mais, pour le reste, c'est une histoire vécue. La richesse virtuelle du Japon a bel et bien été abattue en flamme comme Godzilla sur les écrans des courtiers. Celle des pays du Sud-est asiatique aussi, Thaïlande en tête. En Indonésie, où une économie réelle plus fragile que celle du Japon n'était qu'un appendice de la spéculation, les vicissitudes de la richesse virtuelle se sont traduites par de vraies émeutes et de vrais morts dans les vraies rues du pays réel. Ce qui est arrivé en Indonésie et ailleurs est tragique, mais encore moins lourd de conséquences que le chantage qu'exercent sur tous les gouvernement ceux qui détiennent la richesse virtuelle et qui empêchent les gouvernements de se financer autrement que par l'intermédiaire du Système. Au temps de l'étalon or, il existait un rapport entre la monnaie en circulation et cette valeur de référence; même si la manipulation du consensus existait déjà - en moins sophistiqué qu'aujourd'hui, toutefois - on pouvait au moins calculer l'inflation qui, toute manipulation du consensus mise à part, devait résulter d'une augmentation de la masse monétaire. Un gouvernement gardait alors l'option réaliste d'accroître sa masse monétaire par une émission de monnaie plutôt que par une émission d'obligations portant intérêt. Aujourd'hui, il n'y a plus de valeur de référence. À cause de "M4" , qui est une inconnue entre les mains des shylocks, le rapport entre la monnaie et la réalité est devenu si élastique que personne ne peut plus savoir l'impact exact d'une augmentation de la masse monétaire sur la valeur d'une monnaie. La gestion de la masse monétaire obéit à l'impératif d'assurer un rendement "satisfaisant" au capital investi. Ce rendement satisfaisant exige, dans la conjoncture de stagnation programmée actuelle, de créer de plus en plus de monnaie et de creuser de plus en plus l'écart entre les symboles et la réalité... et c'est ce qu'on fait, par une augmentation vertigineuse du crédit. L'État satisfait aux exigences des shylocks sans augmentation de M3, comme si toute léconomie fonctionnait désormais hors-bilan. Hors-réalité. Ce qui exige une coordination précise et une extrême vigilance. En pratique, les États néo-libéraux ayant quelque importance travaillent tous la main dans la main avec quelques grandes institutions financières tentaculaires et les organismes internationaux (FMI, BIRD, etc.) pour constituer le Système qui gouverne, gère et exploite la planète. Quand il y a émission de monnaie, les spécialistes parleront de l'impact multiplié de cet ajout sur la masse monétaire, définissant celle-ci selon les besoins comme M2 ou M3, mais ils en seront réduits à des vux pieux car les shylocks, contrôlant M4 et les médias qui créent le consensus qui détermine la valeur de la monnaie, tiennent à leur merci la valeur de toutes les devises. Shylock contrôle la richesse... et son "double", c'est à dire l'image virtuelle de la richesse que voit la population dans le miroir et auquel elle croit. C'est sur cette image et cette foi que repose le pouvoir. Quel que soit l'ajout réel à la masse monétaire que se permette un État, la baisse de valeur de sa monnaie sera ce que les "marchés financiers" décideront qu'elle sera. L'inflation est donc contrôlée partout où il est important qu'elle le soit, comme aux USA et en Europe, fomentée là où il est rentable pour les shylocks qu'elle se produise - comme en Russie ou dans le Sud-Est asiatique - et laissée à l'initiative des satrapes locaux là où elle n'a pas d'effets significatifs bons ou mauvais sur le Système - comme en Afrique a fin que ceux que ça amusent puissent y spéculer et y aiguiser leur talent. Les gouvernements, qui se prétendent souverains, n'ont cependant plus l'option réaliste d'accroître leur masse monétaire par une émission de monnaie. Qu'un gouvernement pense à se financer autrement que chez les institutions financières internationales et, si les financiers ne retirent pas leur livre de chair de chaque émission d'obligations - (l'intérêt sur l'argent qu'ils prétendent céder à l'État) - ils ont en main bien assez d'instruments financiers comme de contrôle sur la manipulation de la richesse symbolique et les médias pour semer la panique et entraîner une baisse de la valeur de l'argent tout à fait hors de proportion avec la quantité supplémentaire qui en aura été mise en circulation. Le pays qui a fauté passera de la liste de ceux où l'inflation est brimée à celle de ceux où elle est attisée Une inflation gonflée par la manipulation de la rumeur publique et hors de toute commune mesure avec les véritables ajouts à la masse monétaire, c'est le châtiment qui a été imposé à tous les petits pays qui n'ont pas voulu jouer le jeu capitaliste, de Cuba au Congo en passant par l'Indonésie. Pas seulement les petits pays, toutefois. Il suffit d'une erreur d'inattention ou d'une opération de corruption réussie pour que les géants s'effondrent eux aussi. Le cas monstrueux, bien sûr, est celui de l'URSS qui, acceptant de soumettre la parité rouble-dollar à la discrétion des banquiers occidentaux, a vu la valeur de change de sa monnaie réduite à un dix-millième de sa position initiale. On a ruiné deux cent millions de personnes. Contrôler inflation et l'utiliser pour réduire progressivement l'écart entre richesse réelle et symbolique, c'est modifier les règles de fonctionnement de l'économie mondiale, redistribuer le pouvoir d'achat et donner ainsi au développement de l'économie réelle un deuxième souffle que la technologie a rendu possible. C'est aussi éliminer la pauvreté au sein des pays riches et diminuer la misère des pays pauvres. C'est la décision politique et économique la plus importante qu'un gouvernement pourrait prendre, mais à quoi bon... À quoi bon, pour quelque gouvernement que ce soit, augmenter sa masse monétaire de 5% ou 10% si, par l'action des shylocks, la valeur de chaque unité de sa monnaie chute de 50%? Alors les gouvernements reculent et cèdent au chantage. Au lieu d'imprimer des billets de banque et de traiter l'inflation contrôlée qui en résulterait comme une forme d'imposition sur le volet symbolique de la richesse, ils impriment des obligations qui portent intérêt à 4%, 7% 10 % - 19% en 1982 au Canada ! - et les déposent docilement entre les mains des groupes financiers... L'État peut-il échapper au chantage des financiers? Un État de taille suffisante pour ne pas dépendre du commerce international et assez structuré pour assurer la crédibilité de sa monnaie peut fermer ses frontières et résister au pouvoir capitaliste. L'URSS l'a fait pendant trois générations et la véritable déchéance de l'URSS a commencé au moment où elle a accepté que le rouble ait une valeur consensuelle face au dollar. La Chine le fait encore. Les USA - ou l'Europe maintenant unie - pourraient le faire encore mieux. Ensemble, le monde occidental peut le faire à sa guise et entraîner sans discussion le reste du monde à sa suite. L'initiative, cependant, doit venir d'une grande puissance raisonnablement autarcique ayant le pouvoir et la volonté de résister aux assauts sauvages que le Système ne manquera pas de lancer pour empêcher ce changement. J'ai dit et j'insiste que ce n'est pas au niveau du Québec ou du Canada que cet affrontement peut avoir lieu. Un État comme le Canada - et à plus forte raison le Québec - même si son gouvernement n'était pas à la solde du pouvoir financier, ne pourrait pas refaire contact avec la réalité et arrêter la fuite en avant vers le cataclysme financier qui se prépare. Le Système ne le permettrait pas et le Système a le pouvoir de l'en empêcher. Pourquoi faire cette analyse ici, au Québec, s'il n'y a pas ici de remède que nous puissions apporter? Par ce que justement notre insignifiance nous protège: on peut discuter ici de choses dont on ne peut discuter aux USA. Il faut engager cette réflexion si on veut donner sa chance au miracle ou du moins préparer l'avenir. TAXER LE CAPITAL Une nouvelle fiscalité doit viser surtout à imposer - (je dirai souvent "taxer" pour éviter l'ambiguïté inhérente au mot "imposer") - une richesse symbolique qui prétend représenter la richesse réelle mais qui a désormais acquis une existence autonome. La richesse symbolique est devenue incontrôlable et une fiscalité nouvelle doit viser à la mettre au pas, ramener les divers rapports symbole-réalité vers un seul ratio cohérent et qui puisse fasse consensus à long terme. Comme je l'ai dit plus tôt, je ne parlerai ici que des moyens de taxer adéquatement cette richesse, sans m'attarder à l'impact de cette taxe sur sa redistribution ni sur les conséquences sociales de cette mise au pas. L'outil de taxation à privilégier, c'est une taxe sur le capital. Quand on accepte de taxer le capital - la seule solution fiscale juste et équitable dans un système capitaliste - il faut d'abord en estimer la valeur puisque le taux d'imposition requis pour le fonctionnement de l'État est inversement proportionnel à l'assiette fiscale. Il faut ensuite définir quels seront les modes de perception adéquats pour éviter le fraude, bien sûr, mais aussi pour aller chercher le capital là où il se trouve sans déséquilibrer tout l'échafaudage de richesse virtuelle qui constitue maintenant l'essentiel de l'édifice capitaliste. Nous verrons d'abord quelle est l'assiette fiscale, la richesse totale dont l'État doit prélever sa juste part pour le bien commun. Ensuite, nous identifierons les divers aspects de cette richesse et nous verrons comment on peut les imposer efficacement. L'assiette fiscale L'assiette fiscale d'une taxe sur le capital, c'est la somme totale de nos avoirs. Il n'est pas facile de préciser la valeur exacte de nos avoirs. Comme si les principes comptables qui s'appliquent pour les individus et les compagnies ne jouaient plus au niveau macro-économique de la comptabilité nationale. En fait, ils ne s'appliquent pas, dans la mesure où toute valeur dans une société complexe doit être exprimée en monnaie et que la monnaie est une création discrétionnaire du pouvoir. Il est difficile de connaître nos avoirs, par ce que le Système VEUT qu'il soit difficile de les connaître. Quand on calcule les avoirs des ménages et des corporations on sait à peu près où l'on s'en va. Quand on en arrive aux institutions financières, on compte deux fois, trois fois, dix fois les mêmes actifs, dans une relation incestueuse relapse entre banques, fonds mutuels, fonds de pension, titres en bourse et la banque centrale de l'État. Une richesse énorme est créée par un simple effet de miroir et, de cette énorme richesse factice, est tiré un intérêt dont le taux est établi pour que cet intérêt corresponde à la plus-value que produisent chaque année pour la société la pensée, le travail et le progrès technologique. L'appropriation de cette plus-value est si totale que, malgré une progression vertigineuse de la productivité réelle, notre revenu moyen en dollars constants stagne depuis 17 ans. TOUT le surplus de richesse que nous avons produit depuis deux décennies est entré dans les coffres des shylocks qui vivent de leurs intérêts. C'est beaucoup? Ce n'était pas assez. On y a ajouté, comme nous l'avons vu, une création de richesse virtuelle sous la forme de prêts hors-bilan et de cours boursiers gonflés, une création si indécente qu'une confusion voulue cherche à la camoufler. Est-ce que la confusion qu'on a créée rend impossible une taxe sur le capital? Au contraire! Comme le voleur volé qui est bien en peine de porter plainte, le capital qui s'est travesti pour apparaître multiple s'est simplement mis en position d'être discrètement taxé plusieurs fois. Imposons donc simplement sans subtilité indue la richesse telle qu'elle saute aux yeux; les victimes d'injustices se manifesteront et les doubles impositions réelles seront corrigées, d'autres se tairont qui auront de bonne raisons de se taire et la nouvelle fiscalité suivra son cours. Selon certains économistes, la valeur totale des avoirs de l'économie canadienne se situe autour de 8 trillions de dollars canadiens courants (1998), mais les évaluations vont de 5 à 12 trillions de dollars (T$.) Ce chiffre, nous l'avons dit, comporte des dédoublements, mais il correspond à quelque chose. Il correspond, pour le dire simplement, au montant total des engagements que pourraient prendre simultanément, légalement et de bonne foi, tous les acteurs de l'économie canadienne. C'est pourquoi nous pouvons prendre ce chiffre comme base de travail, tout en acceptant de bonne grâce que des raffinements puissent ramener ce chiffre à six trillions ou le porter à dix. L'argumentaire qui suit n'en serait d'ailleurs pas modifié; la rationalité d'une taxe sur le capital plutôt que sur le revenu demeurerait inchangée même si nos avoirs se calculaient en milliards plutôt qu'en trillions. 8 trillions de dollars semble énorme. Pourtant, si on regarde les chiffres compilés par Neil Weiner pour les USA en 1994, on trouve des avoirs de 42 trillions de dollars (USD$), ce qui, par simple recoupement et compte tenu de l'expansion de l'économie nord-américaine depuis 5 ans, nous amène aussi aujourd'hui pour le Canada à une valeur approximative de 8 trillions de dollars canadiens. 8 trillions de dollars, c'est environ 265 000 $ pour chaque Canadien "moyen", allant des nourrissons aux grabataires. Vous n'avez pas des actifs de 265 000 $ ? Vous votre conjoint(e) et vos deux enfants ne "valez" pas plus d'un million de dollars? Normal. Pour que d'autres en aient plus, il faut que vous en ayez moins. Pour que certains en aient immensément plus, il faut que beaucoup n'en aient pas du tout. Les impôts? Le gouvernement d'Ottawa perçoit présentement 417 milliards $ de taxes et impôts par année, dont 76 milliards $ vont au service de la dette, laquelle se situe autour de 630 milliard $ et fluctue naturellement tous les jours. Pour l'ensemble des gouvernements et administrations jouissant d'un pouvoir de taxation au Canada, la somme des montants perçus est de l'ordre des 600 milliards $ excluant le service de la dette et la dette totale de toutes les entités publiques est de 858 milliards de dollars. On pourrait raffiner ces chiffres et il y aurait des remarques pertinentes à faire départageant ce qui est dépense de ce qui est investissement, mais ceci serait un autre débat et ne change essentiellement rien à ce que nous discutons ici. Pour offrir à la population les services qu'elle reçoit présentement, l'objectif quantitatif large de la fiscalité est de recueillir annuellement ces 600 milliards $ et de régler une vieille facture d'environ 900 milliards $ . Pour remettre en perspective une taxe sur le capital, disons qu'une taxe annuelle de 7,5%% sur le capital comblerait tous les besoins actuels - hors le service de la dette - des deux paliers de gouvernement et de toute les entités administratives, locales, régionales ou urbaines disposant présentement d'un pouvoir de taxation. Quant à la dette publique, elle pourrait être entièrement acquittée et il nous resterait quelques miettes si on prélevait sur le capital une seule taxe de 11%. Pas 11% par année, 11% une fois pour toute. Pour le dire autrement, au lieu de prendre bon an mal an, en taxes directes et indirectes, environ la moitié de ce que vous GAGNEZ, le gouvernement pourrait rendre les mêmes services en prenant environ 7,5% de ce que vous POSSÉDEZ. Faites votre bilan. Faites vos calculs. Si vos actifs sont inférieurs à 7 fois vos gains annuels bruts il est probable que vous y gagneriez au change. Est-ce que vous n'aimeriez pas payer annuellement 7,5% de votre capital et ne plus payer de TPS, de TVQ, de taxes d'affaires, de taxes foncières, scolaires, municipales... ni d'impôt sur le revenu? Est-ce que vous réalisez comment votre train de vie serait embellie si votre chèque de paye net devenait votre salaire brut? Ce qui ne vous empêcherait pas d'économiser et de vous faire des rentes... mais en comprenant que le capital que vous créeriez par votre travail ne serait plus un ballon qui se gonfle tout seul, mais un réservoir qui se vide si vous cessez de le remplir. Ce 7,5% et ce 11%, cependant, ne sont là que pour servir d'illustration. Les montants réels perçus seront ceux qui seront jugés nécessaires par un gouvernement démocratique pour donner à la population les services collectifs que cette population aura donné pour mandat à ce gouvernement de lui procurer. Voir texte 6 et seq Les moyens de perception Une nouvelle fiscalité doit obéir à trois (3) règles générales. D'abord, toute personne physique ou morale est imposée sur son patrimoine, sur présentation de son bilan. Ensuite, ce bilan, sous la forme d'une déclaration assermentée, est présentée au fisc le premier de chaque mois. Enfin, quelle que soit la forme que revête sa richesse et quelle que soit l'importance de son patrimoine, chaque contribuable est imposé au même taux. Le bilan Les individus sont imposés sur présentions de leur bilan, comme il le sont aujourd'hui sur la base d'une déclaration de leur revenu. Quiconque possède des biens est un contribuable, aussi modeste que soit sa contribution. Les mineurs sont représentés par leurs tuteurs, les incapables par leur curateur ou tuteur aux biens. Ce n'est pas sorcier; le véritable défi, c'est l'identification des divers éléments de ce bilan et la mise en place des procédés efficaces qui permettront d'en prélever, sans que personne ne triche, la part de la richesse collective que la population veut confier à l'État pour le bien commun. La compagnie, personne dite "morale", doit aussi présenter son bilan et être imposée de la même façon et au même taux que l'individu. Est-ce que ceci ne crée pas une double imposition pour les actionnaires des compagnies? Oui... et non. Oui, dans le sens que la compagnie étant taxée sur ses propres biens et les actionnaires sur les leurs, ces derniers voient évidemment le couperet tomber deux fois; mais cette situation est-elle différente de celle du salarié qui, dans le système actuel, doit payer une taxe de vente sur les produits qu'il achète avec un salaire dont l'État a déjà prélevé une bonne part à la source? Tout le monde aujourd'hui est taxé plusieurs fois. Une taxe sur le capital n'aggrave pas le fardeau fiscal des actionnaires; elle le rend seulement plus visible... et plus juste. Non, d'autre part, il n'y a pas double imposition, dans le sens qu'il ne faut tout de même pas confondre le capital-action d'une compagnie - qui est, en définitive, une dette de celle-ci envers ses actionnaires - avec ses éléments d'actif! Une compagnie est taxée sur ce qu'elle possède, les actionnaires sur leurs propres avoirs. Le propriétaire d'une chose est celui au nom duquel est établi le titre de propriété de cette chose et, pour les fins de la fiscalité, il en reste le propriétaire jusqu'à ce qu'un titre ait été établi au nom d'un nouveau propriétaire ou qu'il ait déclaré solennellement qu'il ne l'a plus, qu'elle ait été volée, détruite ou perdue. Toute chose, qu'elle soit achetée, reçue, trouvée entre instantanément dans le patrimoine de celui qui l'acquiert. Il n'y a pas de chose ni d'argent sans maître. Le "titre de propriété" sera aussi simple que la facture acquittée et numérotée fournie par le vendeur. Si une chose est perdue ou volée, elle doit être déclarée perdue ou volée, sans quoi elle demeure dans le patrimoine du propriétaire; si elle est retrouvée, elle doit être remise à son propriétaire légitime sinon, si elle réapparaît entre les mains de qui que ce soit, le possesseur sera accusé selon le cas de vol ou de recel. Les choses de peu de valeur - disons moins de 100 $ - n'auront pas à être représentées par un titre de propriété; le possesseur en est présumé le propriétaire. Ces objets devront néanmoins être indiqués au bilan "en vrac" avec une description sommaire de chacun et une estimation de leur valeur globale. La déclaration mensuelle Le monde tourne trop vite pour que la fixation
des taux d'imposition et la perception des taxes directes ne se fassent qu'une fois l'an.
Il tourne aussi trop vite pour que les États se compromettent à des budgets annuels,
mais nous reviendrons ailleurs sur cette question des budgets. En ce qui a trait à la
taxe sur le capital, chaque contribuable remplira et produira le premier jour de chaque
mois une déclaration simple qui sera en fait son bilan, présenté par catégories
prédéterminées de biens, avec la valeur de chaque bien et le montant à payer selon le
taux fixé pour le mois. Chacun payera son impôt comme il paye son loyer, l'électricité
ou le téléphone.
|