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L'annonce d'un projet de loi sur la qualité de l'air par Stephen Harper
cette semaine ne lui a pas valu beaucoup d'éloges. La quasi-totalité des
éditorialistes et des commentateurs du Canada anglais l'ont critiqué,
l'accusant de négliger la menace environnementale de l'heure, à savoir les
changements climatiques.
Les éditorialistes du Calgary Herald et du
National Post y ont bien vu une «grosse bouffée d'air frais», mais ce
n'était pas l'avis de leur principal chroniqueur, Don Martin.
Sans être aussi sévère que certains, Martin
insiste sur l'absence de détails, de budget et de cibles. Il avoue ne pas
comprendre la stratégie de Harper. Pourquoi se mettre à l'avant-scène pour
si peu ?
Cela démontre l'importance que l'environnement a
prise, croit Martin. «Même s'il n'a rien à annoncer, il doit donner
l'impression qu'il a quelque chose à offrir pour séduire les électeurs du
Québec, de l'Ontario et de la Colombie-Britannique», les mêmes dont il a
besoin pour décrocher une majorité.
Le problème, selon Martin, c'est qu'après avoir
élevé les attentes, le premier ministre les a réduites à néant en
soumettant une proposition qui ne tenait que sur une demi-page. «C'est
l'inverse de la stratégie habituelle de Harper, qui consiste à ne pas en
promettre assez au départ pour en offrir trop par la suite.»
Martin estime que le gouvernement conservateur n'a
plus le choix. Son projet de loi devra être assorti d'engagements clairs
et de cibles fermes s'il veut être pris au sérieux. «Le public veut du
leadership dans un dossier que Harper néglige, ce qui l'expose à un grand
péril électoral.»
Mardi, sa rhétorique était juste, juge Martin,
mais «il doit maintenant faire quelque chose que les libéraux n'ont pas
faite : livrer la marchandise».
James Travers, du Toronto Star, pousse l'analyse plus loin en établissant
un lien entre le traitement du dossier des changements climatiques et
celui de la mission en Afghanistan. Selon lui, les erreurs commisses dans
ces dossiers sont révélatrices.
Confiant et compétent quand il gère un programme
sans surprise, Harper et les quelques conseillers en qui il a confiance
perdent tous leurs moyens et leur boussole politique quand l'idéologie
entre en collision avec le consensus général.
Travers y voit l'indication selon laquelle «Harper
et son entourage sont déficients sur le plan analytique. Il cite la sortie
du Canada contre les autres pays de l'OTAN, la fin de semaine dernière,
Ottawa s'étant plaint du refus de certains pays de se mouiller dans les
situations les plus dangereuses.
Travers ne peut pas croire que le premier ministre
ne connaissait pas, avant de pousser en faveur du prolongement de la
mission, les conditions dans lesquelles celle-ci se déroulerait.
«Ce gouvernement ne saisissait-il pas l'ampleur de
l'engagement en Afghanistan ou est-ce que plaire à Washington lui
suffisait comme justification ?»
Et ces gens prêts à risquer des vies en
Afghanistan persistent à dire aux Canadiens qu'aucun sacrifice digne de ce
nom n'est nécessaire pour protéger l'environnement.
Travers constate que les conservateurs avaient
l'occasion de marquer des points en réparant deux gâchis libéraux. Ils en
ont plutôt fait de véritables problèmes pour eux-mêmes, changeant la donne
pour la prochaine campagne électorale.
Ils seront davantage sous la loupe, pas de la part
de leur base traditionnelle, qu'ils se sont employés à rassurer par une
foule de mesures, mais par les Canadiens qu'ils doivent convaincre.
«Ce ne fut pas facile, mais Harper se retrouve
maintenant du mauvais côté de la clôture dans deux dossiers déterminants :
la paix et la planète. Sur ces deux fronts, il est maintenant vulnérable»,
conclut le journaliste. |