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Selon
une classification qui remonte à Aristote, la démocratie est censée
être un régime politique où c'est l'ensemble du peuple qui détient
la souveraineté, par opposition à l'aristocratie et à la monarchie où
c'est un petit groupe ou un seul individu. En théorie, tout le
monde a un certain droit de regard sur le choix d'un gouvernement démocratique
au moyen de son vote. Mais, la réalité est tout autre, parce que, dans
notre démocratie actuelle, le
pouvoir reste concentré et déraillé dans les mains d'une petite clique.
Cette clique peut gouverner à sa guise et se permettre à peu près
n'importe quoi tant qu'elle garde l'appui d'une majorité des électeurs
(majorité qui, dans un régime électoral comme celui du Québec et du
Canada d'aujourd'hui, n'a pas à être absolue; le Parti libéral du Canada n'a été
élu qu'avec 38% des voix en 1997). Contrôlant l'appareil d'État, le
système judiciaire, le système d'éducation, etc., et ayant à sa
disposition des fonds inépuisables et des centaines de milliers
d'employés, elle dispose de moyens gigantesques pour influencer
l'opinion publique, pour récompenser et motiver ses supporters et pour
entretenir tout un réseau de clientélisme qui lui permettra de se
maintenir au pouvoir.
Sur le plan municipal, ce sont les nouvelles villes fusionnées de Montréal
et Longueuil qui attirent l'attention par l'octroi sans appel d'offres
d'importants contrats à des amis et des partisans des nouveaux partis
élus. Doit-on se surprendre si ces histoires émergent quelques
semaines à peine après des fusions qui ont multiplié la taille de ces
administrations? Plus un gouvernement est gros, plus la bureaucratie et
le pouvoir s'éloignent des citoyens, plus les enjeux sont importants et
plus on joue gros avec l'argent des contribuables. Ce développement était
tout à fait prévisible et on devra s'y habituer maintenant que nos méga-cités
ont les moyens de tremper dans des méga-magouilles.
Le fameux rapport de Groupaction (qui, soit dit en passant, a choisi un
nom plus qu'approprié comme parasite dans un système étatiste!) est
ironiquement très révélateur de ce en quoi consiste cette dynamique
de clientélisme. Le premier des trois rapports, intitulé Visibilité
Canada, propose différentes pistes pour « repositionner
le Canada dans l'esprit et le coeur des Québécois ». Il
suggère notamment de « créer des réseaux de
communication avec la presse locale et régionale, les associations
sociales, sportives et populaires, les chambres de commerce ainsi
qu'avec tout autre regroupement régional susceptible de devenir une
tribune efficace » et de « démontrer aux
Canadiens intéressés par un champ d'activité ou un loisir quelconque
les nombreuses façons qui font du Canada un tremplin pour leur épanouissement,
leur sécurité et leur bien-être tant individuel que collectif.
» Pour atteindre ces objectifs, il offre diverses stratégies
ainsi qu'une longue liste d'événements sportifs, culturels et autres
susceptibles d'être commandités de façon à accroître la visibilité
du gouvernement fédéral. (La Presse, 22 mars 2002)
L'éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, s'est
indigné de cette série de scandales et surtout du fait que les
politiciens ne semblent plus croire au « service public
». « Car voilà le pire: les gouvernants ne voient
rien de mal à ces pratiques... à moins qu'elles soient mises au jour
et deviennent sources d'embarras politique. Il semble donc qu'il faille
leur rappeler –- c'est quand même inouï! –- quelques principes
fondamentaux de la démocratie. Par exemple, qu'ils n'ont pas été élus
pour servir leurs amis, mais pour servir la population. Et que le
service à la population devrait être le critère suprême de toutes
les décisions. » (La Presse, 23 mars 2002)
Pourtant, cette tactique de manipulation de l'opinion publique par
l'entremise d'une firme dirigée par des amis du régime qui financent
le parti au pouvoir cadre parfaitement avec la « structure
d'incitations » qui correspond au système démocratique
actuel. Les hommes de l'État ne sont pas des saints. Comme nous, ils
veulent d'abord avancer leurs propres intérêts et ceux de leurs
familles et amis, jouir des avantages et du prestige associés au
pouvoir, s'enrichir. Si un système existe qui leur permet d'atteindre
ces buts – en se disant que si eux ne le font pas, d'autres le feront
– pourquoi se surprendre s'ils le font?
Un choix limité
On pourrait répliquer que la démocratie actuelle nous permet de mettre
cette clique à la porte si nous sommes insatisfaits de la façon dont
elle nous gouverne. En fait, notre choix est limité. La logique du système
démocratique actuel fait en sorte qu'il est pratiquement impossible de
devenir compétitif sur le marché électoral sans jouer le même jeu,
sans faire les mêmes promesses, sans chercher à convaincre une majorité
qu'ils tireront plus de profits que de pertes des décisions du futur
gouvernement. Elle fait en sorte qu'il est impossible de se maintenir au
pouvoir sans créer son propre réseau de clients et sans entretenir une
partie de la population aux dépens du reste, présumément pour notre
bien-être à tous « tant individuel que collectif
». Les cliques adverses, lorsqu'elles délogent le parti au
pouvoir, finissent donc presque toujours par exercer le pouvoir plus ou
moins de la même façon, quel que soit leur programme.
Les contrôles, les rapports des vérificateurs général et les réprimandes
des « conseillers à l'éthique » n'ont pas
fonctionné non plus jusqu'ici, et pour cause. C'est comme de demander
aux renards de se donner des règles de bonne conduite dans le
poulailler. La démocratie actuelle n'est qu'une procédure pour légitimer
la pratique du pouvoir qui permet l'alternance et qui évite le recours
à la violence. Elle n'a pas vraiment de contenu éthique, malgré ce
qu'en pensent ceux qui prétendent que la corruption contredit l'esprit
démocratique.
Une révolte contre la
démocratie actuelle
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« Il y a des gens qui désirent une sorte de
collectivisme tendant au paternalisme. Ils font de belles
promesses. Il y a plus de 1800 ans que Plutarque a écrit une
maxime dont aucun gouvernement n'a pu réfuter la vérité :
« Le premier destructeur des libertés d'un peuple est
celui qui le premier lui fait des dons et des largesses. »
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Alors que nous glorifions la démocratie
actuelle; la solidarité, le bien-être collectif et la liberté
individuelle ont été relégués au rang de valeur un peu folklorique,
sinon de valeur négative qui ne sert qu'à justifier le pouvoir des
forts et des riches. Ce qu'il faut, c'est
un renversement complet de l'échelle de valeurs qui permet de juger des
actes des gouvernants. C'est une révolte idéologique et politique
contre la démocratie actuelle.
Même l'appui d'une
majorité ne devrait pas pouvoir servir à restreindre la liberté, de
quelque façon que ce soit, la seule limite à la liberté de chacun étant
le respect de la liberté et de la propriété des autres. Pour garantir
cela, pas besoin de voter sur des « projets de société
» tous aussi collectivistes les uns que les autres pour cela,
pas besoin de partis et de cliques, pas besoin d'un processus à grande
échelle. Seulement d'une structure minimale qui garantit nos droits.
Le collectivisme n'exige aucune des qualités de la citoyenneté. Il ne
nous accorde aucune liberté spirituelle et nous laisse en état de
liberté seulement tant que nous sommes plus utile à l'État en liberté
qu'en esclavage : il n'exige que les qualités dont sont doués les
membres d'un troupeau : nous sommes pas libre de choisir notre tâche,
ce sont les chefs qui nous l'imposent. Le collectivisme ignore
l'individu et détruit la liberté. Toute la
corruption, toutes les formes de parasitisme et d'exploitation qui
peuvent être justifiées cessent de l'être lorsque l'on prend plutôt
comme critère éthique ultime la liberté des individus, le respect intégral
de leur personne et de leur propriété.
Aussi longtemps que nous croirons en la démocratie
actuelle; au pouvoir concentré et déraillé, nous seront
imposés et taxés à la limite de la tolérance, nous aurons un État
omniprésent cherchant constamment à nous manipuler, et nous aurons les
scandales et la corruption politique qui découlent logiquement de ce
type de régime.
La
réforme de nos institutions démocratiques
Si nos institutions démocratiques ne sont pas réformées profondément
et la taille de l'État diminuée, on lira encore dans 50 ans des éditoriaux déplorant
la corruption politique et le fait que rien ne semble avoir changé
depuis l'époque de Chrétien ou de Duplessis. Et ce n'est pas en élisant
des hommes et des femmes intègres « qui croient profondément
en l'éthique et au service public », comme le suggère naïvement
André Pratte, que nous éviterons de nous retrouver là.
Lucien Pigeon pour Justiceplus
514-624-4633
Le Mémoire de la Démocratie Contractuelle
Approprions-nous le pouvoir
La
démocratie exprime la citoyenneté
Renouvellement
de la démocratie canadienne
Vers
la démocratie participative
Majoritaire_ou_proportionnelle
La caravane
Lettre
Vivons
nous dans une oligarchie ?
La glace fond plus
vite que prévu
Un régime oligarchique devenu malsain
Deux fois
plus d'ouragans dans l'avenir
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