La caravane de la Commission sur la
Loi électorale s’arrête à Dorval
Nathalie
Villeneuve
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François Ouimet, président de la Commission spéciale sur la Loi
électorale. Photo Jacques Pharand |
La Commission
spéciale sur la Loi électorale faisait un arrêt à Dorval, jeudi dernier.
L’audition publique, qui se déroulait au Centre communautaire Sarto-Desnoyers,
est une de celles qui a suscité la participation la plus forte, au terme d’une
tournée de consultation Quebecoise qui prendra fin à Bécancour, le 8
mars.
De nombreux citoyens ainsi que des représentants de regroupements,
organismes, ou partis politiques figuraient à l’horaire des auditions: l’Action
démocratique du Québec (ADQ), le Bloc Pot, la Centrale des syndicats du Québec
(CSQ), l’Association des femmes iraniennes de Montréal, la Student Society of
McGill University ainsi que le Comité de responsabilité sociale et
environnementale de l’Église Unitarienne de Montréal avaient tous une dizaine de
minutes pour exprimer leur point de vue à l’égard de l’avant-projet de loi
remplaçant la Loi électorale actuelle.
Parmi les citoyens inscrits à l’horaire, le
coloré Lucien Pigeon (à lire: La Démocratie contractuelle, dans la section
Lettres à l’éditeur) a présenté son mémoire aux membres de la
commission.
Un nouveau mode de
scrutin
Le nouveau mode de scrutin de type proportionnel mixte est
l’élément de l’avant-projet de loi qui a attiré le plus les projecteurs des
médias, au cours des deux dernières années. L’exemple cité est toujours le même:
En 1998, le Parti libéral récoltait 43,6% à l’échelle de la province, contre
42,9% pour le Parti québécois. Pourtant, c’est le PQ qui a remporté l’élection
avec 76 sièges contre 48 pour le PLQ. «C’est là où le bât blesse», dit François
Ouimet, président de la Commission spéciale sur la Loi électorale et député
libéral de Marquette.
Pour corriger cette distorsion, l’avant-projet de
loi propose une révision de la carte électorale, qui diviserait le territoire de
la province en 77 circonscriptions regroupées en districts électoraux. Les
députés de circonscription seraient élus selon le mode de scrutin actuel, à la
majorité des voix. L’attribution des sièges de districts serait quant à elle
faite à partir d’une liste établie par les partis. La méthode de calcul proposée
pour l’attribution de ces sièges favorise les partis qui n’ont pas ou peu d’élus
dans le district, mais qui obtiennent un nombre relativement élevé de votes.
L’idée des listes séduit les groupes de femmes et de minorités culturelles, qui
demandent, par exemple, une certaine proportion de femmes ou de minorités sur
les listes des partis.
Pourquoi avoir écarté le mode de scrutin purement
proportionnel? «Pour éviter une multitude de tiers partis et un état
ingouvernable et instable à l’italienne ou à l’israélienne», répond François
Ouimet. Le problème de représentation des tiers partis a d’ailleurs été souligné
par plusieurs d’entre eux, indique le président. Ils estiment que le seuil
minimal de 15% des suffrages pour être représenté à l’Assemblée nationale est
trop élevé. «D’autres viennent dirent: Il faut absolument avoir un seuil
minimal, autrement on va se retrouver dans une proportionnelle pure et on risque
d’avoir une instabilité gouvernementale», explique monsieur Ouimet.
Un
des objectifs de l’avant-projet de loi: faire en sorte que la présence des
femmes à l’Assemblée nationale reflète mieux la composition de la population
québécoise. «Il y a entre 30% et 35% de femmes élues à l’Assemblée nationale,
alors qu’elles représentent 51% de la population québécoise. Il y a un
déséquilibre que le gouvernement voudrait corriger», indique le président de la
commission.
Un consensus semble se dégager chez les groupes de femmes
entendues à ce jour, affirme monsieur Ouimet. «L’avant-projet de loi propose une
bonification financière aux formations [politiques] recrutant des femmes. Les
groupes de femmes demandent d’aller plus loin, et d’offrir la bonification pour
les femmes élues.»
Meilleure représentativité des
femmes
Parmi les mesures visant à favoriser l’exercice du droit de
vote, il est proposé que l’ensemble des électeurs puisse voter en tout temps
pendant une campagne électorale, comme c’était le cas lors de la dernière
élection fédérale. Une telle flexibilité n’interfère-t-elle pas avec le devoir
de l’électeur de s’informer pendant toute la campagne avant de faire son choix?
«Certains disent que toutes les mesures visant à augmenter le taux de
participation à une élection sont de bonnes mesures. D’autres disent: Attention,
on est peut-être en train de dénaturer le sens d’une campagne électorale. Il y a
deux écoles de pensée qui s’affrontent. C’est un enjeu.» La question fera
l’objet de recommandations dans le rapport final des commissaires, assure
François Ouimet.
Voter en tout temps
«C’est un projet dont
on parle depuis 40 ans», note François Ouimet. «Il est inscrit au programme des
trois principales formations politiques.» L’avant projet de loi a été déposé en
décembre 2004. La commission spéciale, créée en juin 2005, a commencé ses
auditions le 24 janvier 2006.